dimanche 23 février 2020

Sur les traces de "UNE AFFAIRE DE FAMILLE" (万引き家族) de Hirokazu Kore-Eda - 2018


tokyo


Je réactive mon blog le "Japon Avant/Après" le temps de vacances éphémères à Tokyo. J’ai en effet mis à profit les quelques jours passé dans la capitale nippone pour marcher sur les traces de Hirokazu Kore-Eda et plus particulièrement de son film « Une affaire de famille » (Palme d’or inattendue en 2018).

Plus que jamais en cette année de Jeux Olympiques le gouvernement nippon souhaite donner l’image d’un pays propre, prospère et lisse. Quoi de mieux dans ces conditions que le film de Kore-Eda en guise de contre-propagande ? En effet le long métrage raconte le combat ordinaire d’une famille pauvre prête à tout pour survivre.
La famille aussi amorale que transgressive se révèle au final bien plus humaine et sympathique que son alter ego fortunée payant pour se débarrasser de leur propre progéniture encombrante…

Le titre VO est plus explicatif que notre traduction : «Manbiki kazoku » littéralement « La famille du vol à l’étalage ». Précaire, sans revenu, invisible dans la société nippone, le film met à l’honneur les laissés pour compte du capitalisme japonais. Soit l’exact contraire de l’image habituellement propagé par les médias.

Sans misérabilisme aucun (ces Jean Valjean nippons ne volent pas du pain car ils ont faim, mais des bonbons ou des cannes à pêche) le film met en scène une population qui ne rentre pas dans le cadre d’une société qui se voudrait homogène et égalitaire.
Quasiment un film anarchiste en somme.

En route donc pour la « Shitamachi » (traduisez « ville basse ») situé au nord de Tokyo, celle des gueux et des "salauds de pauvres".


0h01 : Shota Shibata et son père, Osamu Shibata vont faire leurs courses... de manière toute particulière.
Le "Fresh market Yahata shop" se situe dans la préfecture de Saitama, dans la banlieue de Tokyo. Ce supermarché ne présente rien de particulier, c'est du reste la raison pour laquelle il a été choisi pour ce film ! La famille du vol à l'étalage ne peut faire son marché que dans un endroit criant de banalité.

0h03 : Après avoir "dévalisé" le supermarché le père et le fils vont se sustenter de croquettes de pomme de terre dans la boutique du coin (en payant cette fois-ci).
Appelé "Joyful Minowa" cette Shôtengai (alias rue commerciale) se trouve dans l'arrondissement d'Arakawa. Déjà aperçu dans le film "Tokyo fiancée" ce passage commerçant est habituellement noir de monde et aussi chaleureux qu'animé (bon ok ça ne voit pas trop sur la photo, vu que je suis passé en matinée et que tout était fermé). Les commerçants y pratiquent des prix extrêmement bas assurant le sucés du lieu.

On retrouve une nouvelle fois le Joyful Minowa à 0h21. Shota apprend à sa nouvelle soeur, Juri, les rudiments du métier de voleur.
Le Joyful Minowa vu dans l'autre direction.

0h03 : Tout en dégustant leurs croquettes le père et le fils rentrent au bercail.
Il s'agit ici de "Danchi" (comprenez des HLM locaux) dans le quartier d'Arakawa, Les bâtiments sont hélas aussi délabrés que vétustes. 

0h04 : Leur attention est attirée par une petite fille en train de jouer sur son balcon.
Nous sommes dans le prolongement de la vue précédente. Le film laisse penser qu'il s'agit d'un balcon privatif mais il n'en est rien. Il s'agit d'un couloir transversal desservant tous les appartements de l'immeuble.

Le balcon apparaît une dernière fois à 0h07. Osamu pense ramener la petite Juri mais la conversation qu'il surprend l'en dissuade...
Vue générale de l'immeuble.

On voit une dernière fois cet immeuble à 1h30. La Police annonce devant la presse que l'enfant enlevée, Juri, a été retrouvée.
La conférence de presse a lieu à l'entrée du bâtiment.

0h07 : Nobuyo et Osamu ont finalement décidé de ne pas rendre la petite fille à ses parents légitimes et rentrent dans leur petite maison.
La maison se trouve dans le quartier d’Umeda dans l'arrondissement d’Adachi. Visiblement la bicoque est totalement délabrée. La barrière bleue visible dans le film est à moitié effondrée, ce qui me fait penser que la maison est probablement laissée à l'abandon depuis la fin du film. En tous cas aucun signe d'occupation n'est visible. 
Typique de ce quartier populaire, beaucoup de propriétaires refusent de céder leur vieille maison aux promoteurs. Comme résultat ils se retrouvent littéralement encerclés par des hauts bâtiments modernes. Je vous laisse imaginer les conséquences négatives pour eux au niveau visibilité et luminosité... Quoi qu'il en soit le lieu n'étant plus occupé il est assez probable que ses heures soient comptés et qu'il soit promis à la destruction...


Curieusement la maison n'a été filmée que de nuit, on ne la voit de jour que sur l'affiche !

Je me suis rapproché au plus prés (sans toute fois franchir la barrière effondrée). Avec ses faux airs de maison hantée, la bicoque est vaguement inquiétante. L'esprit de la grand-mère défunte y rode peut-être encore...
0h09 : A l'aube Osamu part travailler sur son chantier.
L'entrée de la maison est au bout de l'allée (les photos précédentes ont été prises depuis l'autre coté). A noter que la maison rouge de droite est un café/karoké dont la façade comporte des affiches du film comme argument publicitaire.

0h09 : En sortant de sa maison Osamu dépose ses boites de bière même si ce n'est pas le bon jour pour le dépôt des ordures (un crime majeur pour un Japonais !)
La rue devant la maison.

0h11 : La grand-mère, Hatsue, passe la tête à travers la porte espérant se débarrasser des services municipaux inquisiteurs... 
On s'attendrait presque à voir la grand-mère sortir sa tête (ce qui est cependant peu probable car l'actrice Kilin Kiki est décédée en 2018).
Un nette impression d'écrasement pour la maison perdue au milieu des tours. 

L'entrée de la maison apparaît à nouveau à 0h17.



La maison apparaît une dernière fois à 1h32. Le secret de la "famille" est éventé et tout le monde a été arrêté. Les journalistes organisent leurs directs devant la maison. 
L’arrière-cour de la maison.

Reprenons la chronologie du film avec une ballade au bord du fleuve pour Shota et Juri à 0h13.
Nous sommes ici au bord de la fleuve Naka-gawa dans le quartier Adachi, Tōkyō 120-0002.


Le fleuve apparaît une seconde fois à 0h29. Cette fois-ci le père se joint à la promenade.

Les berges de la rivière Naka, à quelques mètres de la photo précédente.

0h13 : Les deux enfants se rendent dans leur petit paradis : le magasin de bonbons Yamatoya !
Même si son nom a disparu, la confiserie est toujours là, au 3-17-12 Nishikameari, Katsushika-ku, Tōkyō-to 124-0002. Elle remporte même un beau sucés puisque, après l'école, elle est régulièrement bondée !

0h13 : Les deux miroirs de la boutique Yamatoya ne dissuadent nullement les enfants de commettre leur forfait.
Les miroirs sont toujours là même si, comme dans le film, ils ne servent probablement à rien ! 
La boutique Yamatoya apparaît une deuxième fois à 0h50. Travaux pratiques pour la petite fille : sur les conseils de son frère elle doit voler des bonbons.
Rien n'a changé à l'intérieur de la boutique et tout semble dater d'une autre époque.
0h50 : Juri a rempli sa mission ! Malheureusement le propriétaire l'a vu...
La rue depuis l'intérieur de la boutique.


La confiserie apparaît une dernière fois à 1h23. Les enfants vont cette fois avoir une mauvaise surprise : l'établissement est définitivement fermé !



Petite anecdote amusante : alors que je venais de finir de prendre mes photos et que je m’apprêtais à partir, le propriétaire m'appelle et me fait rentrer dans la salle attenante à la boutique. Ayant repéré un grand étranger avec un appareil photo au milieu des enfants il avait bien compris la raison de ma présence. Dans une mise en abyme inattendue il me montre sur sa télé les passages du film se déroulant dans sa boutique et m'indique les différents endroits des prises de vue !

0h22 ; Aki et sa grand-mère, Hatsue, vont au café/restaurant du coin de la rue.  
Le café Kadoya est toujours présent à l'adresse suivante 1-7-12 Nishiarai, Adachi, Tōkyō 123-0841. Par contre le lieu était fermé le jour de mon passage. Impossible pour moi donc de prendre des photos de l’intérieur du lieu.
0h22 : Aki explique à sa grand-mère en quoi consiste son métier de "Tueuse de puceaux" !
Comme dit plus haut le restaurant Kadoya était fermé lors de mon passage, je me suis donc rabattu sur une photo trouvée sur internet (source Tabelog). Ce lieu est surtout connu pour ses Yakisoba (nouilles sautées) et ses Imagawayaki (désert traditionnel à base de haricots rouges).

0h28 : Fonctionnant désormais en tandem, Shota et Juri entreprennent de sévir dans un magasin d’ustensiles de pêche.
Nous sommes ici dans le magasin de pêche MANIAC'S (aucun rapport avec le film d'horreur). Nous verrons plus bas des images extérieures du lieu.
0h29 : Shota s’apprête à s'enfuir en courant avec son butin : deux cannes à pêche.


L'aménagement intérieur de la boutique a un peu changé mais on retrouve les magazines toujours à la même place.
0h29 : La technique est bien rodée : La petite fille débranche les portiques électriques pendant que son frère s'enfuit en courant !
Sans doute après avoir vu le film, les propriétaires du Maniac's ont fait en sorte que les prises électriques ne soient plus accessibles !

0h29 : A la suite de son frère, Juri quitte la boutique MANIAC'S en courant.
La devanture du MANIAC'S.

0H29 : Les deux enfants en pleine course.
Ligne de fuite devant la boutique de pêche.
1h23 : Jour fatidique ! Les deux enfants se dirigent vers la boutique Sakae. Malheureusement Shota va se faire prendre et provoquer involontairement la fin de sa famille recomposée...
Le supermarché Saké au 2-39-11 Ayase, Adachi, Tōkyō 120-000.



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